De quoi ce visage est-il l’image ? MG

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Monsieur Orange entreprise

Monsieur Orange « a le sens du service comme nous ». Démonstration bête, il dit la même chose que son pote architecte, homme élégant, sourire radieux de la cinquantaine, cheveux grisonnants à la fois séduisants et sages, métier de mecs cool, constructeur de tours, de ponts, de tunnels.

Alors oui, cet architecte, dans tout ce qu’il a de parfait, est comme nous. Mais pourquoi son écho, petit rondouillard des services télécommunications le serait-il ?

Monsieur O. a le visage rond, lisse, ce qui lui donne un air sympathique et commode. La barbe de trois jours en accentue l’effet, et la maitrise impeccable du poil nous ferait presque culpabiliser de penser que Monsieur O. est négligé car « il ne s’est même pas rasé pour la publicité ».
Monsieur O. réfléchit, il a un grand front, mis en valeur par une amorce de calvitie, il n’est pas parfait, il est comme vous, comme moi.
Sur ce front, une perturbation : la bosse. Pas celle des maths, celle qui donne à voir du vécu. Monsieur O. est peut-être passé par un pare-brise, ou s’est fait agresser au marteau, il y a là juste le pathos nécessaire pour que l’on considère Monsieur O. en tant qu’être humain.
Monsieur O. a la trentaine, est donc jeune et dynamique mais possède déjà quelques aptitudes d’expression qui écartent l’idée d’un arriviste prétentieux. Entre autres, le froncement unilatéral de sourcil pour souligner un œil pétillant, la fougue des jeunes générations, mariée à la sagesse des esprits temporellement plus travaillés.
Les lèvres sont charnues et épaisses, tant mieux si l’on peut se focaliser là-dessus puisque c’est d’un discours qu’il s’agit. On remarquera que la bouche n’est pas grande, Monsieur O. a une petite bouche et ne l’ouvre que pour en sortir des choses travaillées, du parler velouté, et ce dans le strict nécessaire, la petitesse de son instrument le retenant de vous dispenser de propositions de nouveaux forfaits tous les quatre matins. C’est une bouche qui propose des solutions, qui ne crée pas de problème.

Quand la caméra dézoome, on découvre le corps de Monsieur O, en même temps que l’espace dans lequel il se trouve. Monsieur O. porte une chemise noire et un jean, il pourrait être n’importe qui, il est comme vous, comme moi.
Un brin rondouillard, il est rassurant ; c’est le gros nounours de notre enfance, celui que les filles trouvent adorable mais c’est tout (il n’est donc pas une menace pour les hommes, et un confident pour les femmes).
Il a l’air presque bête, avec ce sourire niais et son pantalon un peu trop grand, mais il vient juste de réciter un discours commercial utopique, avec la bonne intonation, le bon mouvement des mains, et ce discours est comme le vôtre – puisqu’il est parfait -, donc non, monsieur Orange n’est pas niais, il est juste sympa, car en fin de compte Monsieur O., il n’a pas que le sens du service comme point commun avec nous.

Premier regard : Charlotte, 25 ans, le visage travaillé par le chômage, la clope et la javel. Allons cependant un peu plus loin.

Le front de Charlotte est riche de sens. Sa grandeur, que l’on pourrait attribuer au signe d’une grande intelligence, est cependant si démesurée qu’elle semble s’en être fait le rempart. Sa forme bombée, lisse, témoigne d’une jeunesse calme, sans tracas, ici point de sutures (qu’a-t-il bien pu arriver à cette âme ?).
Son front, elle ne le dissimule pas, l’arbore au contraire avec fierté, comme une princesse de Clèves, comme si elle voulait le faire parler à ceux qu’elle rencontre : « Regardez mon esprit, regardez comme il est grand ! ». Mais, en élargissant notre champ de vision à ses yeux, la discours se fait tout autre « Regardez comme je souffre, mon esprit est grand et malade, je suis paralysée par ma folie ! ».
Car Charlotte est aliénée, folle, son esprit est scellé dans un corps qui ne laisse entrevoir la moindre expression, sinon de souffrance.
Les yeux grands ouverts, exorbités, témoignent d’une vraie volonté de se projeter dans le monde extérieur, réel. Cependant le regard reste vide, abandonné, plein de désillusions. Ses paupières qui ne recouvrent plus rien, gardent toutefois le dessin d’une certaine léthargie, accentuée par des rides de fatigue bien marquées. Si Charlotte semble statique de l’extérieur, c’est une véritable lutte qui la ronge en dedans.

Charlotte ne se maquille plus, à quoi bon ? Son quotidien est fait de solitude, de soupe de poireaux et de chaussettes en laine. Les seules attentions qu’elle se porte encore relèvent plus d’une névrose maniaque, bien visible par des traits d’expression tendus, des cheveux sans volume, usés par un plaquage en arrière incessant.
Les lèvres de Charlotte sont comme scellées, l’articulation d’un mot est pour elle une vaine tâche, tout comme sourire, le temps de cette photo on découvre le plus radieux qu’elle aie esquissé depuis des années.

Car Charlotte n’est pas condamnée, il semble qu’en se fort intérieur elle se batte pour un jour s’exprimer ! Pour notre visite, elle s’est parée d’un mince collier et du plus coloré de ses pull-overs, comme signifiants de l’annonce d’une prochaine victoire sur une maladie qui la ronge depuis trop longtemps.
On pourrait même déceler sur cette photo une tentative de pose, par un léger désaxement épaules/bassin, oui, c’est sûr à présent, Charlotte va guérir !

Written by gouache

janvier 18th, 2011 at 5:33

One Response to 'De quoi ce visage est-il l’image ? MG'

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  1. Haha j’adore!! :D

    Ramone

    25 jan 11 at 13 h 35 min

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